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La pierre et le sablier, œuvre sculpturale in situ pour la Tour Puchot

 

Jouant avec les caractéristiques de la Tour Puchot, l’œuvre située sur le sol dans l’enceinte de la Tour, créé un fragment de paysage, un cratère, une cavité qui semble se creuser au fur et à mesure de l’écoulement de la matière qui la compose.

S'élevant à mi-hauteur au niveau de l’intérieur de la tour, une passerelle permet de circuler au-dessus et tout autour du bas-relief situé à l’étage inférieur. Elle permet d’observer la sculpture depuis une vue plongeante et en accentue l’effet de profondeur.

L’installation évoque ainsi un étrange sablier géant, la matière semblant s’écouler vers un espace inconnu.

Cette proposition artistique traite à la fois des questions d’espace et de temps. Elle évoque l’écoulement temporel tout en mettant en scène une proposition sculpturale renversant les logiques spatio-temporelles.

Ainsi investie, la tour ressemble alors à une machinerie destinée à façonner l’espace et le temps. Un instrument technique imaginaire permettant de transformer des ressources en paysage.

Le contraste entre l’esthétique de l’œuvre et l’aspect ancestral du bâtiment créé une impression troublante et esquisse un récit oscillant entre les histoires fantastiques des anciens temps et la science-fiction contemporaine.

 

Au centre de la tour

 

A l’intérieur de la tour, un relief créé par une multitude de tubes positionnés verticalement recouvre le sol de la tour.

Les nombreuses sections découpées de ces tubes produisent une trame régulière se déformant en fonction de leur hauteur.

Le centre de l’installation se creuse en une cavité, un cratère dont le fond est difficile à distinguer.

 

En surplomb

 

A mi-hauteur, une passerelle métallique permet de survoler du regard le relief créé au rez de chaussée.

Cet aspect est renforcé grâce à un sol en caillebotis d’acier galvanisé construisant une surface plane tramée laissant le regard circuler à travers pour permettre au spectateur de voir le relief situé en dessous de ses pieds.

La déformation de la trame du relief sculpté se superpose alors visuellement à la trame graphique du caillebotis métallique du sol de la passerelle.

L’installation produit ainsi un effet d’optique troublant. L’effet cinétique, renforcé par le déplacement des visiteurs surplombant le relief est provoqué par la superposition du motif géométrique régulier horizontalement mais déformé verticalement et trouble la perception de profondeur. Ce cratère se perçoit comme une sorte de vortex insondable donnant le vertige.

 

Intégration de l’œuvre au contexte de la Tour Puchot

 

La tour Puchot et le château médiéval de Caen sont des ouvrages militaires.

Ils ont par conséquent été conçus comme des outils et des symboles, de contrôle politique et de pouvoir offensif et défensif sur le territoire.

Le château a été érigé afin d’établir l’emprise économique ainsi que le contrôle du territoire et l’exploitation de ses ressources.

L’éloignement temporel et les profondes transformations de nos sociétés oblitèrent souvent l’aspect pragmatique et belliqueux ayant présidé à la réalisation de ce type d’ouvrage au bénéfice d’une appréciation purement esthétique et patrimoniale.

Ici l’installation artistique rappelle l’aspect utilitaire souvent oublié de la construction en produisant un dispositif esquissant un parallèle avec les sites d’exploitation de carrière et de minerai. Les ouvrages tels que le château de Caen constituent les premiers bouleversements de paysage par l’aspect gigantesque des constructions et de leur impact important sur les ressources environnantes (le bois des forêts et la pierre des carrières). Il m’apparait intéressant que l’œuvre artistique s’empare de cet aspect afin de faire écho à nos interrogations contemporaines concernant notre responsabilité concernant la préservation des ressources naturelles face à la mécanisation de surexploitation.

Suivant le point de vue du public et l’orientation des lames de métal composant les volumes, celles-ci réfléchiront différemment la lumière et créeront ainsi une construction complexe très changeante. La transparence de la construction lui confère un aspect proche d’un objet virtuel, d’une ébauche se déployant dans l’espace.

La structure des volumes rappellera formellement le travail de la pierre et le motif régulier des murs de pierre.

Cette installation apparaît comme une construction en devenir, évoquant l’idée de changement et d’évolution perpétuelle loin de l’idée erronée de statique et d’immuabilité que l’on confère aux édifices patrimoniaux. 

Elle peut évoquer un jeu d’assemblage ou de stratégie dans lequel chaque choix est déterminant à l’imagine des enjeux urbanistiques et de conservation du patrimoine constamment présents dans les politiques de gestion du territoire.

 

Le patrimoine et l’histoire - Le temps et le sablier

 

L’installation, rappelle également un tamis surdimensionné, le relief en bas semblant semble avoir été créé par un amoncellement de matière semblant s’écouler depuis le haut de la tour et s’enfuir vers un autre temps et une autre dimension.  Elle interroge ainsi notre rapport au temps.

Elle apparait comme un filtre faisant le tri de la matière qui s’écoule et qui semble disparaître dans le sol. Les trames présentes à chaque niveau de la réalisation artistique et ses aménagements (passerelle du niveau intermédiaire) évoque la volonté de structurer, d’organiser et de maîtriser à la fois le paysage mais également les éléments du passé.

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